BIOGRAPHIE


Native du Nord de France, Pamela Bouthillier fait ses premiers pas de danse à quatre ans. Enfant passionné, jeune femme rebelle, elle se passionne très vite pour la danse contemporaine. Après le conservatoire de Lille, elle intègre à 14 ans le CNSMDP (Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris). Elle étudie auprès d’artistes de renom : Peter Goss, Anne Dreyfus, Murielle Belmondo, Martine Clary… Des rencontres marquantes qui l’amènent à se former avec une énergie débordante et une exigence absolue. Sa place dans la pièce chorégraphique 'DECADANCE' d'Ohad NAHARIN, célèbre chorégraphe de la Batsheva, lui donnera la liberté de vivre la danse comme un langage. Chez Pamela, le mouvement vit quand il relève de l’instinct et du prolongement de l’âme.

À 20 ans, la jeune artiste n’a qu’une idée en tête : danser sur tous les toits du monde. Elle rejoint le Guatemala et la compagnie Momentum puis la Chine où elle devient chorégraphe au sein de la compagnie 'Artist' qu’elle fonde avec Sean Weng, ancien danseur soliste de Maurice Béjart. Elle répond aussi à de nombreuses sollicitations artistiques pour le groupe Publicis notamment.

Un milliard et demi de Chinois. Et Pamela. Elle est fascinée par ce peuple. Son humilité, sa sagesse, sa générosité. Et ses sourires à l’infini. Des sourires auxquels Pamela renvoie son amour pour la danse. Avant de faire le plus beau pas de côté de sa vie.


Loin de la scène et des projecteurs, elle découvre la magie de la grossesse. Envolées les certitudes, l’attraction de la lumière et de la gestuelle parfaite. Le centre du monde est là désormais. Dans ce petit ventre rond. Pour le plus beau des ballets. De nombreuses sollicitations la conduisent aux quatre coins du monde et en Turquie. Elle tombe amoureuse de ce pays et décide de vivre ses dernières semaines de grossesse en regardant le Bosphore. Avec l’intuition que c’est une fille qui danse en elle. Pamela se laisse surprendre par le grand mystère de la vie. Puissant vertige. Elle s’appellera Nayomi.

Le 5 mai 2010, le plus beau jour de sa vie bascule dans l’irréversible. Asphyxie, arrêt cardiaque, lésion cérébrale… C’est la mort qui vient au moment de célébrer la vie. Jusqu’à l’arrachement. Le temps a suspendu son vol dans l’antichambre de l’enfer. Miraculeusement. Nayomi est née deux fois… 

C’est à Paris que le diagnostic sera définitivement posé. Nayomi  a six mois. Elle est atteinte d’une hémiplégie cérébrale infantile qui compromet sérieusement ses facultés motrices. Pamela refuse la fatalité et décide de danser avec son bébé. La danse comme thérapie pour apprivoiser ce petit corps fragile et le libérer de ce fantôme si sournois. Danser, danser et danser encore. Défier les lois de l’apesanteur, repousser le temps, explorer chaque mouvement. Ne faire qu’une. La vulnérabilité physique de sa fille attirera son attention sur la vulnérabilité avec un grand V. En Bulgarie, elle part en mission culturelle pour des projets artistiques. Ils donneront sens à sa danse. Camps de réfugiés ou camps de roms accueillent la danse comme une langue parlée universelle . "Humains d'abord", voilà l'échange de ses corps à corps lors des danses devenues conversationnelles.

Aujourd’hui Nayomi vit comme tous les enfants de son âge. Elle est la grande soeur de Liberty, née 3 ans après elle, sa 'jumelle' de par une maladie génétique rare évolutive de type surdicécité : le syndrome USHER. La langue des signes, que Pamela apprend pour communiquer avec Liberty dans un institut pour enfants sourds et malentendants, traduit des textes sur scène quand le corps traduit l'émotion dans ses nouvelles créations chorégraphiques. Nayomi et Liberty ouvrent un espace de recherche chorégraphique sans précédent de par leur états de corps. Leurs handicaps portent un regard nouveau  et interrogent leur maman sur le sens de la danse, sur l'esthétique du geste et sur les chorégraphies inspirées et inspirantes. Une belle victoire qui a trouvé son prolongement dans l'enseignement de la danse libre dans plusieurs communes du sud de la France et dans la compagnie de danse "Oublie pas de sourire!". Accueillir la cécité et permettre à ses filles de danser les yeux grands fermés : voici l' horizon vers lequel elle avance avec le sourire.

A.D